Les paniers de Laurent FOUILLET

A la veillée, pas question de rester sans rien faire ! Laurent FOUILLET, le père de ma belle-mère, confectionnait des paniers avec de la « verdelle ». Agriculteur, il habitait Boismé dans le village de La Bourse… Il nous raconte sa passion grâce aux témoignages de ses trois enfants, un grand merci à eux !
Je suis né, moi Pierre Laurentin FOUILLET, le 3 mai 1878 au lieu dit le Thouaret à La Chapelle-Saint-Laurent. J’étais le 7ème d’une famille de 11 enfants. Mon père Pierre Alexis (1833-1907) que tout le monde appelait Alexis, cultivateur, avait 45 ans et ma mère Aimée Constance BISLEAU (1844-1890) que tout le monde appelait Constance en avait 34. En fait, quand je suis né, j’étais le 5ème après deux frères et deux sœurs car deux bébés sont en effet décédés avant moi. Joseph Alexandre (1868-1938) a déjà 10 ans, Marie Célestine (1869-1948) 9 ans, Jules Séraphin (1873-1946) 5 ans et Marie Célestine (1876-1922) 2 ans. Derrière moi naîtront 4 autres enfants, également deux garçons, deux filles : Henri Alexis (1880-1954), Marie Angéline Brigitte (1882-1954), Marie Clémentine (1883-1961) et Auguste Célestin (1888-1943).

Pas désagréable ma foi d’être dans une grande famille, ya tout plein de marmaille, ya de la vie quoi ! Ah au fait pas de Pierre ni de Laurentin pour moi, tout le monde m’a vite appelé Laurent ! En 1882, nous avons déménagé à Boismé à la Basse Touche, oh je m’en rappelle ben même si je n’avais que 4 ans, c’était l’aventure, on savait pas ce qui nous attendait mais sûr il y avait de l’agitation. On a été bien là-bas, la terre était bonne, y avait du boulot, ça se passait bien… Mais, parce qu’il y a un mais, en février 1890, ma mère Constance nous a quittés. J’avais 12 ans, le plus grand d’entre nous avait 22 ans et le plus jeune 2 ans. On a beaucoup pleuré tous mais fallait continuer nous a dit le père , fallait ben manger ! A 12 ans, j’étais déjà capable de travailler et grand et fort je faisais ma part du boulot. Mon père était fier de ses 4 grands garçons qui ramenaient un peu de sous pour nourrir la famille.
Dès cette époque, lorsqu’on revenait des champs et que mes sœurs avaient préparé le feu et la cuisine, nous avons tous été initiés à l’art de faire des paniers en hiver surtout. Il ne fallait pas rester les bras croisés et sans rien faire à la veillée ! J’avoue que j’aimais bien ces moments. Nous pouvions chanter, manger, boire aussi un petit coup tous ensemble. Notre mère nous manquait mais nous savions qu’elle était contente de là-haut de nous voir ainsi presque heureux ! Parfois, la famille, oncles et tantes, venait à la veillée et l’on continuait tout en causant à s’occuper les mains avec nos « penas » C’était à qui ferait le plus beau et les sœurs étaient exigeantes en la matière. J’étais pas peu fier d’être souvent le plus doué et je m’en vantais un peu. Ils ne nous coutaient rien ces « penas » puisque nous avions de la « verdelle »* à profusion, seulement un peu d’huile de coude et quelques heures de travail à la lumière du feu.
J’en ai toujours fait des paniers, chaque hiver de ma vie, par habitude et parce que j’aimais bien, toujours sur le modèle transmis par mon père .. Ben sûr c’était pas mon métier, j’étais paysan et homme à tout faire, je me gageais chez les uns et les autres. J’ai même travaillé chez les Cottanceau à La Chapelle Saint Laurent. J’y étais apprécié car après le travail dehors, j’aimais aussi donné un coup de main à ces dames car ce que j’ai toujours aimé, c’est avant tout rendre service aux uns et aux autres ! J’ai pris femme deux fois : ma 1ère épouse Marie Célestine HERAULT – 1881-1919 est décédée me laissant veuf avec trois jeunes enfants : Marie-Ange ma petite dernière de 7 ans a dû aller à l’hospice Notre Dame à Bressuire, pas évident de la laisser mais elle y a appris beaucoup. Je me suis remarié trois ans après en 1922 avec Marie Louise Victorine Radegonde RAVELEAU (1897-1958). Avec ma 1ère femme, je vivais à la Coudraie à Chanteloup et ce n’est qu’en 1928, avec ma 2nde épouse que je suis revenu à Boismé dans une petite ferme à La Bourse. Je n’avais pas beaucoup de temps à cette époque-là mais dès que je le pouvais je faisais quelques paniers. Ce n’est pas que ça rapportait beaucoup, la plupart du temps je les donnais ces paniers mais en échange, j’avais parfois un poulet, des légumes ou du pain…Et surtout des amis ! C’était l’occasion de causer et de partager un repas, un verre… en chantant et en amenant avec moi ma bonne humeur.
Je suis parti le 26 août 1965 à l’âge de 87 ans, je vivais alors avec mon fils célibataire Claude et il en a vu de mes « penas » à la Bourse à Boismé. Je laisse quelques paniers mais aussi et surtout une belle famille unie même si elle était, et oui c’est à la mode maintenant, « recomposée » :

3 enfants de mon premier mariage : Pierre (1907-1932), André (1910-2005) et Marie-Ange (1912-2003). Pierre est décédé jeune, à 25 ans, d’une pneumonie. André aimait faire les paniers tout comme moi, j’en suis d’ailleurs très fier ! C’est lui sur cette photo qui confectionne comme je le faisais un panier. Il fallait être concentré et minutieux !
5 enfants de mon deuxième mariage : Marie-Josèphe (1924-2014), Micheline (1927), Claude (1931), Michel (1934-1934) et Louisette (1935)
et un enfant de ma 2ème femme qui était fille mère: Joseph RAVELEAU (1912-1998). Je ne l’ai pas reconnu certes cet enfant qui avait déjà 10 ans quand je me suis marié mais il fait partie de la famille, une évidence !
Sept branches pour ma descendance, plus ou moins grandes, qui ont ben sûr entendu parler de ces « penas » ! Quand je suis parti, j’avais, je crois ben, 25 petits-enfants, les plus grands de l’âge de Louisette ma dernière, y en avait même quelques uns déjà mariés … Alors ils doivent s’en rappeler de mes paniers tout de même ! Vous en avez sans doute quelques-uns, vous tous de ma famille, ils sont peut-être aussi un peu partout à Boismé… et si vous vous y mettiez à les faire ses fameux paniers ? Pas si compliqué et de là-haut, sûr que ça me ferait ben plaisir.
A la revoyure et la bise à teurtous et surtout à mes trois enfants encore bien vivants et garants de cette mémoire : Micheline, Claude et Louisette! Et au fait, je suis ben contents de vous voir une bonne partie d’entre vous réunis le 3ème dimanche de juillet à Boismé pour le « pique-nique familial », c’est bien comme ça que vous dites ?. Je suis un peu là parmi vous, soyez-en sûr !
Laurent FOUILLET, un faiseur de paniers à Boismé

*Verdelle
ou
vredelle
, s. f. — Petite verge, baguette flexible, tige verdelette. Source : Patois poitevin de Gabriel Levrier – Photo ci-après des verdelles que l’on trouve dans les sentiers en campagne, ici à Boismé
Le témoignage des enfants recueilli en septembre 2025

Claude, célibataire qui a longtemps vécu avec son père Laurent à la Bourse de Boismé (94 ans)
Pour le père, faire des paniers était un grand plaisir, une passion et le meilleur souvenir que j’en ai, ce sont les soirées tous les trois avec ma mère, elle tricotant, moi faisant des gauffres dans la cheminée et le père occupé à ses paniers. Un panier pouvait être fait en une seule soirée. Quand il est resté seul avec moi après le décès de ma mère, il partait parfois des après-midis entières ramasser ses verdelles dans les différents chemins et il m’est arrivé de m’inquiéter en le voyant revenir à la nuit noire…Il déposait tout son fardeau dans la maison, aiguisait les verdelles et les mettait dans la marmite pour les faire bouillir. Avec des « guenilles », il enlevait alors la peau, toute la maisonnée s’y mettait aussi et le travail du panier pouvait commencer. D’abord par le fond puis délicatement il tissait son panier à sa façon, selon son inspiration… Corbeille ou panier, de dimension différente.. Ses paniers on les reconnaissait car la verdelle qu’il utilisait était fine. Il n’a jamais tiré profit de ce savoir-faire, pour lui ce n’était qu’un plaisir et un moyen aussi de faire plaisir autour de lui. Il en donnait toujours un ou deux au marché de la charité à Boismé et à bon nombre aux voisins, familles et amis. Le père était un homme solide, optimiste et il aimait faire la fête. Il était connu à Boismé, ça c’est sûr ! Si André a confectionné des paniers, moi par contre ça ne m’a jamais intéressé, je l’avoue !
Louisette (90 ans)
Mon père avait 57 ans quand je suis née. Petite j’aimais le voir confectionner ses paniers, il chantait et j’aimais bien ces moments partagés… Mais c’était bien encombrant tout cela, toutes ces verdelles dans la maison ! Je me rappelle aujourd’hui ces paniers de façon nostalgique, c’était les siens, c’était son plaisir et dans ces objets il y a de lui. Comme on regarde une photo, je regarde ces paniers en pensant à lui. A l’époque, on échangeait moins qu’aujourd’hui, j’aurais aimé aujourd’hui en savoir plus sur sa famille, sur son passé et de qui il tenait cette passion pour les paniers. Mais c’est ainsi et j’aime aujourd’hui le voir revivre ainsi au travers d’un article , laissant de lui une image d’un homme avant tout bon et généreux… pour mon frère, ma sœur et moi et aussi pour nos enfants, petits-enfants et arrières-petits-enfants !
Micheline (98 ans)
J’ai toujours gardé les corbeilles de mon père et elles sont solides, tout comme ses paniers. J’ai le souvenir d’une enfance heureuse avec un père qi n’était pas sévère du tout. Je chantais toujours, même à table : il me disait de me taire mais je continuais de plus belle! Il n’y a jamais eu de différence entre les enfants de son premier mariage, nous étions tous aimés de la même façon et toujours dans une très bonne entente même plus tard à l’âge adulte. Il avait su nous transmettre sa joie de vivre malgré les épreuves de la vie ! Je garde un très bon souvenir de cette vie d’avant.
Article paru sur Généa79 : lire l’article