Rencontre avec la mère de ma belle-mère !

Elle s’appelle Marie Louise RAVELEAU et c’est la mère de ma belle-mère Louisette FOUILLET épouse GABARD. Derrière sa vie de femme simple, comme beaucoup à l’époque, se cache une histoire de vie tourmentée, un départ dans la vie difficile. Fille-mère à 15 ans, mariée à 25 ans, c’est vraiment une petite femme courageuse dotée d’un formidable esprit de famille !

Une naissance à la fin du XIXème siècle et oui !

28 février 1897 : ce jour-là c’est son père Louis Augustin, âgé de 35 ans (1861-1933) qui déclare la naissance de Marie Louise Victorine Radegonde RAVELEAU, sa 3ème fille, née la veille à 3 heures du matin, à son domicile de la Roche à Clessé. Parmi les deux témoins, il y a son grand-père maternel Jean Baptiste BATY âgé de 53 ans demeurant également à la Roche. Aucun des deux ne sait signer. Ils sont tous deux cultivateurs.

La mère de ce bébé est Adeline Joséphine Victorine BATY (1870-1937), elle est l’aînée des 5 enfants de Jean-Baptiste BATY (1844-1920) et de Marie Hortense BAUDRON (1840-1918).

Les grands-parents paternels Pierre René RAVELEAU (1823-1879) et Rosalie Marie BRILLOUET (1830-1872) ont eu 11 enfants, Louis Augustin étant le 5ème. La famille a émigré de Saint-Malo-des-Bois (ferme la Bretonnière) vers Clessé entre la naissance de ses 2 premiers enfants, soit aux alentours de 1853.

Louis Augustin a épousé Adeline le 19 novembre 1889 à Clessé.

Marie Louise est donc le 3ème enfant de la famille RAVELEAU et c’est encore une fille. Avant elle, sont nées Georgette Berthe (1891-1965) et Marguerite Zilda Philomène (1894-1891). Derrière elle, naîtront 3 autres enfants : Auguste Georges Louis, que tout le monde appellera Georges (1899-1976), Raymond Gabriel Henri (1902-1967) et Marie Henriette Victorine (1906-1978).

Fille-mère à 15 ans !

Les enfants vont travailler, c’est nécessaire pour la famille qui vit modestement. Lors du recensement de 1906, la sœur aînée de Marie Louise n’est plus domiciliée avec la famille, elle est sans doute partie travailler dans une autre famille. Comme ses aînées, Marie Louise, très jeune, va travailler, elle est couturière et bonne de maison, en vérité bonne à tout faire ; sans doute fait-elle des travaux dans les fermes, les bourgs avoisinants. Elle a à peine 15 ans, elle va ainsi dans l’hiver 1911/1912 dans une ferme de Faye L’Abbesse, à la Thibaudière. Elle y va surement à pied, il y a une dizaine de kilomètres, malgré le froid et les nuits qui arrivent vite. Le maître des lieux, qui est marié, a coutume de ramener les jeunes filles chez elles en voiture à cheval. Nous ne savons pas, et ne saurons jamais ce qu’elle a enduré, si elle était ou non subjuguée par cet homme, si elle a résisté, s’est débattue… Mais en tout cas, ce que l’on sait, c’est qu’elle s’est retrouvé si jeune enceinte de cet homme. La société n’est pas du tout celle d’aujourd’hui et avec cet évènement c’est la honte qui entre dans la famille RAVELEAU, et ce, dès l’instant où elle ne peut plus le cacher… Le géniteur, c’est comme cela qu’on peut l’appeler, c’est Firmin Henri GIRET, il sera père légitime la même année d’un enfant de sa femme. A t-il appris la grossesse de Marie Louise ? Peut-être que oui, peut-être que non mais dans Faye L’Abbesse les langues n’y allaient pas par quatre chemins. Tout le monde savait. Enceinte, Marie Louise a continué à chercher du travail, jeune femme courageuse. Mais à chaque fois qu’elle frappait aux portes, elles se refermaient vite. Elle portait la faute, une faute visible et condamnée par tout le monde ou presque.

Sans doute trouve t’elle du réconfort auprès de ses grands-parents BATY, ou tout du moins c’est ce que l’on espère pour elle. Du côté RAVELEAU, elle n’a pas connu ses grands-parents, sa grand-mère Rosalie BRILLOUET (1830-1872) est décédée en couches après la naissance de son 11ème enfant et son grand-père Pierre René RAVELEAU (1823-1879) est décédé à Boismé en 1879.

L’enfant qu’elle portait est né le 20 octobre 1912 au Verger de Clessé et a été déclaré par le grand-père de l’enfant, le père de Marie Louise, Louis Augustin RAVELEAU. Elle lui a donné le prénom de Joseph Georges Louis et l’a reconnu officiellement le 10 novembre 1912.

1912-1922 : 10 années de travail pour élever seule son fils !

Cette naissance impose à la jeune maman de travailler encore davantage. Fort heureusement ses grands-parents BATY sont là et l’aide énormément pour la garde du jeune Joseph. Un choc pour Marie Louise : leurs décès à tous les deux. La grand-mère BATY part le 9 juillet 1918 et le grand-père le 2 octobre 1920 au domicile de son gendre le père de Marie Louise. Mais la guerre de 1914/1918, avec l’absence des hommes appelés au combat, a sans doute permis à Marie Louise de travailler dans les fermes, de se faire gager et ce, en dépit de sa situation de mère célibataire. Elle travaille aussi pour ses parents, à la ferme, consciente qu’elle leur a rendu la vie bien difficile dans le village, à eux et ses frères et sœurs.

Ses deux sœurs aînées se marient pendant cette période, donnant du baume au cœur à Marie Louise. La réputation se fait vite dans les campagnes et ses sœurs en ont payé le prix. Avoir une sœur qui a fauté laisse à penser que vous pourriez être une femme aux mœurs légères. Pas facile à porter pour Marie Louise !

  • l’aînée Georgette épouse Narcisse Eugène VAY le 27 janvier 1913 à Boismé. Il est domestique et jeune veuf depuis le 8 janvier 1912. Âgé de 7ans de plus qu’elle, il a un enfant de sa 1ère femme Marie Geneviève COUTANT qui est né en 1906. Il s’appelle Narcisse Antonin (1906-1986) et a 7 ans au moment du mariage. Ils auront ensemble une fille Denise Renée Henriette (1914-1989) et habiteront à la Ligne à la Chapelle saint Laurent. Narcisse est cultivateur.
  • Marguerite (1894-1981) se marie avec son cousin Louis François LUMINEAU, 6 ans plus vieux. C’est en 1917, le 5 novembre et Louis est mobilisé au 220ème régiment d’artillerie. Ils auront 5 enfants et vivent à Saint-Clémentin (La Rainé)

Les autres frères et sœur se marieront plus tard. Sa plus jeune sœur, Marie Henriette Victorine (1906-1978) se mariera à l’âge de 40 ans en 1946 avec André Joseph BOCHE (1910-1995). Ils n’auront pas d’enfants et vivront à la Chapelle saint Laurent.

Les deux garçons sont plus épargnés et se marient à 22 et 25 ans :

  • Georges (Auguste Georges Louis – 1899-1976) se marie le 6 novembre 1922 à Clessé avec Marie Louise Virginie CORNU (1902-2001). Ils vivront à Clessé et auront 3 enfants dont une petite Louisette décédée à 7 ans.
  • Raymond (1902-1967) épouse Marie Ernestine Alexide BERNARD (1903-1989) à Bressuire. Ils auront un seul fils : Henri Raymond Auguste (1928-2003)

Vers une famille recomposée et unie ?

Marie Louise est servante lors de son mariage le 8 novembre 1922. Comment a t’elle rencontré celui qui deviendra son mari ? Clessé et Chanteloup sont des villages proches. Après le décès de sa 1ère épouse, Pierre Laurentin FOUILLET (1978-1965), que l’on appelle Laurent, fréquente sans doute un peu plus les cafés, peut-être Marie Louise est-elle servante dans l’un d’eux ? ou se sont-ils rencontrés lors d’un mariage ? En tout cas, leurs deux parcours de vie déjà bien remplis d’embûches, la nécessité de s’épauler et de construire une famille, tout cela a dû contribuer à l’envie de s’unir rapidement. Laurent a 19 ans de plus que Marie Louise, ce n’est pas rien mais elle espère de tout cœur que ce mariage sera une nouvelle vie pour elle !

Son frère Georges se marie à Clessé le 6 novembre 1922 en présence des parents Louis et Adeline RAVELEAU. Deux jours après, Marie Louise se marie elle aussi à Clessé sans que soit notée la présence de ses parents. Etaient-ils là ? Consentants ? Son frère jeune marié est là et il est son témoin.

Laurent est un boute-entrain, il est optimiste de nature et aime la fête, il joue d’ailleurs de la musique lors des veillées et fait danser la compagnie. Marie Louise apprécie cette insouciance, elle si anxieuse de tout et rien. La vie devient un peu plus légère. En se mariant, elle a de nouveaux enfants, ceux de Laurent et sa femme décédée Marie Célestine HERAULT. Ce ne sont pas les siens mais pour elle c’est tout comme ! Il y a Pierre Célestin Elie (1907-1932) qui décèdera d’une pneumonie malgré les soins qu’elle lui prodiguera. Il y a aussi André François Henri (1910-2015). Celui-ci, de deux ans plus âgé que son fils naturel Joseph, sera tout comme lui domestique. Il y a aussi Marie Ange (1912-2003) qui revient de l’Ouvroir de l’immaculée conception de Bressuire où elle a été confiée suite au décès de sa maman ; elle y a appris un enseignement théorique et pratique de bonne petite ménagère. Marie Louise est surprise et impressionnée. Cet établissement se trouvait à l’angle de la rue du temple et de la rue Hérault (source photo : carte postale – crédit photo : D.R.)

Ils auront ensemble 5 enfants : Marie Josèphe Victoire (1924-2009), Micheline Andrée Marie Louise (1927), Claude André Joseph (1931), Michel Jean Louis (1934-1934, bébé décédé à 23 jours), Louisette Noëlla Marie (1935)

Les enfants l’affirment tous, cette famille recomposée était unie, tout le monde avait sa place, la même attention, le même amour. L’esprit de famille était très fort, sans doute l’ont-ils tous les deux, Laurent et Marie Louise, encouragé et porté ! Elle assistera au mariage d’André en 1933 (avec Marie Thérèse BROTTIER), à celui de Marie Ange en 1934 (avec Camille Urbain Paul Hilaire GARNIER), à celui de Marie Josèphe en 1943 (avec Henri Constant Antoine GARNIER), à celui de Micheline en 1948 (avec Denis Jean Henri TALBOT) et en 1957 à celui de Louisette (avec Roland Jean André GABARD). Elle connaîtra bon nombre de ses petits-enfants mais décèdera le 10 août 1958 de maladie alors que sa petite dernière Louisette attend son 1er enfant. Elle avait 61 ans et est décédée chez sa fille Marie Josèphe.

Pour en savoir plus et lire les témoignages des 3 enfants présents aujourd’hui, soit Micheline, Claude et Louisette, n’hésitez pas à lire l’article sur Laurent et ses paniers, passion qu’il aimait partager !

Il est toujours difficile de restituer le plus fidèlement possible la vie de quelqu’un que l’on a peu ou pas connu. Si vous avez des commentaires, si vous connaissez des bribes de sa vie, si vous voulez seulement partager un avis, merci de laisser un message ci-après !


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