Guerre d’Algérie, oui j’y étais !

Je m’appelle Louis-Marie BARON. Je suis né en 1935. En 2020, j’ai écrit mes mémoires, une trace pour plus tard… Est-ce que je sentais déjà que ma mémoire justement pouvait flancher ? Est-ce que j’avais besoin, après le départ de mon épouse Marie-Claude en 2016, d’écrire, de repenser à nous, à ma jeunesse aussi ? j’ai eu besoin aussi de parler d’une période un peu particulière, la guerre d’Algérie…
Je vous communique donc à l’identique ce que j’ai écrit à ce sujet…en souhaitant de tout cœur qu’aucun d’entre vous qui lisez ces pages n’ait à vivre une telle expérience !
1956, mon service militaire
J’ai quitté la Madeleine (ferme de Nueil les Aubiers dans laquelle j’habitais avec ma famille) pour faire mon service militaire au camp de Souge, à Martignas-sur-Jalle (403e RAA de Bordeaux) le 6 mars 1956. J’ai fait quatre mois de formation, dont un mois de séjour passé à l’hôpital de Bordeaux, à cause d’une otite sévère.

Au retour d’hôpital, j’ai bien demandé des jours de convalescence, afin de revenir en forme. Mais pour le lieutenant, ce fut un refus net « Non, et vous allez rester dans le peloton » : » J’ai donc passé encore deux mois au camp de Souge avant de prendre la direction de l’Algérie.
Pour connaître le contexte de cette guerre particulière, cliquer sur le lien internet ci-après, vous pourrez mieux comprendre les liens entre la France et l’Algérie.
Huit jours de permission nous étaient accordés avant le départ en Algérie. Un groupe fut désigné pour faire des essais de tir à Biscarosse. Deux jours à prendre sur la permission… Il était impératif de rentrer le dimanche matin pour nous tous qui étions dans ce groupe. Nous nous sommes mis d’accord pour ne rentrer que le lundi matin pour un départ en Algérie le mardi matin. Plus des deux tiers du groupe se sont dégonflés. Nous n’étions plus que 5 ou 6, tout de même un peu inquiets, à rentrer le lundi. Aucun grief apparent, nous étions un peu rassurés. J’ai su un peu plus tard qu’un aspirant avait tenté de nous couvrir. Mais nous les 5 retardataires, nous nous sommes tout de même retrouvés dans la même unité opérationnelle, très exposée, en Algérie.
Début juillet 1956, direction l’Algérie !
Nous sommes partis en train de Bordeaux pour Marseille, où nous avons embarqué sur le « Président-de-Cazalet » en direction du port d’Oran, à Mers el Kebir, en Algérie, avec tout le matériel.

Le PRÉSIDENT-DE-CAZALET a été mis en service en juillet 1948 entre la France et l’Algérie. Il assurait les liaisons Marseille ou Port Vendres vers Alger ou Oran. Il a été victime d’un attentat en septembre 1958 qui a fait un mort et des dégâts importants au navire

Puis ce fut mon entrée dans les opérations, avec de longues marches et des accrochages avec le FLN, Front de Libération National, fondé en octobre 1954 par les Algériens. Le FLN souhaitait la création d’un État Algérien démocratique et populaire. J’ai été affecté au peloton 2. Nous avons eu une formation militaire et surtout nous devions supporter une cadence d’entrainement intense.

Bien des camarades souffraient de ces marches et de coucher dehors, dans le Djebel. Personnellement, dormant peu et marchant bien, je n’en souffrais pas. Je suis passé brigadier, puis brigadier chef. Plus tard, je suis devenu maréchal des logis (sergent). Passionné de topographie, j’étais reconnu pour l’aide que j’apportais pour lire les cartes fournies et ainsi confirmer nos positions dans les djebels.

Une grande peur
Avec mon équipe, lors d’une patrouille en zone interdite (j’étais alors brigadier chef), nous étions une dizaine de grenadiers-voltigeurs (fantassins spécialisés dans les missions de choc). Tout à coup, un de mes gars me montre un endroit insolite. Nous nous arrêtons et avec lui, je vois une sorte de tunnel de branchages. je décide d’aller regarder de plus près et d’y entrer. Un de mes hommes, un bordelais, se porte volontaire pour m’accompagner. Tous les deux, côte à côte, nous avançons en rampant sur un lit de paille et de feuilles. Soudain, un sifflement caractéristique se fait entendre au dessous de nous. Nous n’avons rien dit, mais aussitôt nous avons pensé que c’était une grenade piégée. C’était la fin ! Soudain, le sifflement s’est arrêté et nous avons retrouvé, cachée sous la paille, une gourde en cuir, certainement gonflée d’air pour ne pas coller. Ouf de soulagement !
Nous sommes sortis sans un mot de ce faux piège, tremblants, très pâles avec quelques larmes et il nous a fallu un peu de temps pour nous refaire !!!
Le départ
Le dernier mois avant notre retour en France, j’ai vu partir le reste du régiment vers le Sud, vers El Aricha mais moi, j’ai dû rester détaché avec les tirailleurs marocains qui prenaient la place de mes camarades.

Les raisons qu’on m’a données : il fallait faire découvrir les lieux autour de Tafessera, Oued Khemis et Beni Badhel aux nouveaux arrivants. En réalité j’ai passé tout un mois dehors dans le djebel avec une section de marocains et un lieutenant originaire de Nantes.
Après l’Algérie
Dans les derniers temps, en Algérie, je rêvais parfois de retour. Mais pour quel avenir ? J’étais très proche de mon lieutenant surnommé « Bambino ». On l’appelait ainsi parce qu’il chantait toujours cette chanson de Gloria Lasso. Celui-ci m’encourageait à rentrer dans les Eaux et Forêts. Avec une formation agricole et un grade de sous-officier, après deux ou trois ans de formation rétribuée, je pouvais devenir cadre. La mère de Bambino pouvait me piloter pour ça, elle était cadre au Ministère de l’Agriculture. J’y ai pensé mais quelques évènements, survenus après mon passage à Tafessera vont me faire prendre une autre voie.
Mon père est tombé gravement malade. Mon retour permet de le suppléer et, bien aidé par ma sœur, Marie-Jo, j’assure le service de la ferme. Pour ce qui est du réancrage dans la vie civile, je galère tout de même beaucoup. J’essaie de m’étourdir dans les fêtes et autres occupations, mais les lendemains passés à broyer du noir sont difficiles. L’attitude, les réflexes restent gravés en moi et la réadaptation n’est pas facile.
Et voilà mon témoignage sur cette période de vie dont on n’a pas forcément trop parlé….J’ai rencontré après ma femme, Marie Claude CHARRIER, et ma vie a pris un chemin autre. Et vous, avez vous des témoignages des vôtres, de vos pères, grands-pères, oncles, cousins ? Qu’ont-ils vécu ? Qu’ont-ils raconté ? Racontez-nous…
Et en complément de cet article, quelques photos et papiers de cette période





En savoir plus sur Au fil de l'autrefois
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Un commentaire